Baisse des tarifs de rachat photovoltaïque : chronologie, causes et stratégies
Mis à jour le 24 juillet 2026
De 0,13 €/kWh en 2023 à 0,011 €/kWh depuis l'arrêté du 1ᵉʳ juin 2026 : chronologie de la baisse du tarif de rachat photovoltaïque, les quatre causes de la réforme, l'impact chiffré pour une installation de 6 kWc et cinq stratégies d'adaptation, quand autoconsommer vaut 18 fois plus que revendre.
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Paul-Marie
Fondateur de Potentielsolaire
Passionné par l'énergie solaire, j'ai créé Potentielsolaire pour aider les particuliers à comprendre et réussir leur projet photovoltaïque. Chaque article est rédigé avec soin pour vous apporter des informations fiables et à jour. En savoir plus sur la démarche
La baisse des tarifs de rachat photovoltaïque a atteint son point d'arrivée : depuis le 5 juin 2026, EDF OA rachète le kWh solaire 0,011 €, contre 0,13 € début 2023. Le tarif de rachat a été divisé par près de 12 en trois ans, et la dernière marche, un arrêté publié le 4 juin 2026, a aussi supprimé la prime à l'autoconsommation et mis fin aux révisions trimestrielles de la CRE.
Cette chute ne touche pas les contrats déjà signés, qui courent 20 ans à leurs conditions d'origine. Et elle ne condamne pas le solaire : un kWh autoconsommé vaut environ 18 fois un kWh revendu. Voici la chronologie exacte de la baisse, les raisons documentées de ce choix politique, ce qu'il change concrètement, et 5 stratégies pour adapter votre projet.
Tarifs officiels en vigueur au 1ᵉʳ août 2026 (délibération CRE du 16 juillet 2026 et arrêté du 1ᵉʳ juin 2026), valables du 01/08/2026 au 31/01/2027
De 0,13 à 0,011 €/kWh : la chronologie de la chute
Le décrochage s'est joué en trois marches, dont deux brutales, entre 2024 et 2026. Voici les événements qui ont scellé le sort du tarif surplus pour les installations résidentielles (≤ 9 kWc) :
Date
Tarif surplus ≤ 9 kWc
Ce qui s'est passé
2023 - début 2024
0,13 €/kWh
Dernier palier élevé de la grille trimestrielle révisée par la CRE
Mi-2024 - début 2025
0,12 €/kWh
Érosion progressive au fil des révisions (-8 %)
Avril 2025
0,04 €/kWh
Première rupture : -67 % en une seule révision
21 mai 2026
-
Avis de la CRE sur le projet d'arrêté : elle propose un tarif fixe de 11 €/MWh
5 juin 2026
0,011 €/kWh
Entrée en vigueur de l'arrêté du 1ᵉʳ juin : -72,5 %, tarif unique jusqu'à 100 kWc, prime supprimée
L'arrêté du 1ᵉʳ juin 2026 ne se contente pas d'abaisser le tarif : il supprime le mécanisme de révision trimestrielle. Il n'y a donc plus de « prochaine grille » à attendre, seulement une revalorisation fixe de 2 % par an des contrats signés. Pour mesurer le chemin parcouru : au début des années 2010, le tarif d'achat résidentiel dépassait 0,40 €/kWh selon les données de la CRE.
La grille en vigueur, le régime transitoire des dossiers déposés avant le 5 juin et les démarches de vente sont détaillés dans notre guide du tarif de rachat de l'électricité photovoltaïque.
Pourquoi l'État a cassé le tarif de rachat
Cette décision n'a rien d'arbitraire : quatre causes documentées convergent, et aucune ne devrait s'inverser.
Des installations dont le coût s'est effondré
Le tarif d'achat a été conçu pour rentabiliser des installations qui coûtaient beaucoup plus cher qu'aujourd'hui. Une installation de 6 kWc revient désormais à environ 10 867 € TTC, et l'État ajuste mécaniquement le soutien public au coût réel du matériel. Notre analyse de l'évolution du prix des panneaux entre 2020 et 2026 retrace cette dégringolade.
Un guichet ouvert débordé par les demandes
Le guichet tarifaire a été victime de son succès : plus de 6,5 GWc de demandes de raccordement déposées en 2024, soit 3 à 5 fois la trajectoire prévue par la Programmation Pluriannuelle de l'Énergie. Au troisième trimestre 2025, le segment 9-100 kWc a encore enregistré 291 MW de demandes pour un objectif de 92,25 MW.
À ce rythme, chaque trimestre de statu quo creusait l'écart entre les volumes soutenus et les objectifs budgétés. La baisse du tarif est l'outil classique de régulation de ce flux.
Des charges de service public à contenir
Quand EDF OA achète un kWh au-dessus de sa valeur de marché, la différence est compensée par l'État au titre des charges de service public de l'énergie. Avec l'explosion des volumes, cette facture collective devenait difficile à justifier pour une filière jugée mature.
Dans son avis du 21 mai 2026, la CRE assume ce cadrage : le nouveau tarif vise à rapprocher le prix payé de la valeur économique actuelle du surplus injecté, et à envoyer un signal de marché aux producteurs.
Des prix négatifs aux heures de production solaire
Le surplus résidentiel est injecté massivement aux heures méridiennes, précisément quand le réseau n'en a pas besoin : les épisodes de prix négatifs sur le marché de gros se multiplient au printemps et en été. La CRE souhaitait initialement ne plus soutenir que les heures à prix positif ; cette modulation horaire étant trop complexe à mettre en œuvre rapidement, elle a retenu un tarif fixe de 11 €/MWh sur toutes les heures.
Le message aux particuliers est limpide : l'électricité solaire de midi n'a de valeur que si elle est consommée sur place ou stockée pour le soir.
Ce que la baisse change pour votre projet
L'effet le plus visible porte sur les revenus de revente. Prenons une installation de 6 kWc en région parisienne (7 098 kWh produits par an) qui injecte 40 % de sa production, soit environ 2 840 kWh :
Tarif au dépôt du dossier
Revenu annuel de revente
0,13 €/kWh (2023)
~369 €
0,04 €/kWh (avril 2025 - juin 2026)
~114 €
0,011 €/kWh (depuis le 5 juin 2026)
~31 €
À 31 € par an, la revente n'est plus un revenu : c'est un bonus symbolique. La rentabilité d'un projet repose désormais entièrement sur les économies réalisées sur votre facture d'électricité : chaque kWh autoconsommé évite un achat à 0,2001 €/kWh au réseau.
Sur cette base, et sans compter la revente, une installation de 6 kWc à 10 867 € TTC se rembourse en 10,8 ans avec un ensoleillement moyen (1 300 h/an) et en 9,1 ans dans le Sud (1 600 h/an). Testez votre propre configuration :
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Ensoleillement de votre région1 300 h/an
9001 700 h/an
Très bonne (Lyon, Clermont)
Production, économies et seuil de rentabilité estimés pour une installation de 3, 6 ou 9 kWc
Puissance
3 kWc Maison < 100 m²
6 kWc Maison de 150 m²
9 kWc Maison > 200 m²
Production annuelle
3 549 kWh
7 098 kWh
10 647 kWh
Part autoconsommée
61%
61%
61%
Facture sans panneaux
100 €/mois
200 €/mois
300 €/mois
Facture avec panneaux
64 €/mois
128 €/mois
193 €/mois
Économies annuelles
430 €/an
859 €/an
1 289 €/an
Seuil de rentabilité
12,8 ans
10,7 ans
9,4 ans
Dernier changement, souvent découvert trop tard : le même arrêté a acté la suppression de la prime à l'autoconsommation pour toute demande déposée depuis le 5 juin 2026. Les dossiers antérieurs à cette date conservent leur prime et leur tarif d'origine.
5 stratégies pour s'adapter à la baisse
Puisque l'écart entre autoconsommer (0,2001 €/kWh) et revendre (0,011 €/kWh) est d'environ 18 contre 1, toutes les stratégies visent le même objectif : réduire le surplus injecté.
1. Décaler vos usages aux heures de production
La stratégie la plus simple et gratuite : concentrez vos consommations entre 10 h et 16 h, quand vos panneaux produisent le plus.
Programmez le lave-linge, le lave-vaisselle et le sèche-linge en journée
Chauffez votre ballon d'eau chaude à midi plutôt que la nuit
Lancez les appareils gourmands (four, aspirateur) pendant les heures solaires
Un EMS (Energy Management System) pilote vos équipements en fonction de la production solaire : il active le chauffe-eau, la pompe à chaleur ou la recharge du véhicule dès qu'un surplus apparaît. C'est aussi l'une des conditions de la TVA à 5,5 %, avec notamment une puissance ≤ 9 kWc et des panneaux bas carbone ; sans ces critères cumulatifs, la TVA reste à 20 %.
3. Coupler solaire et pompe à chaleur
L'association panneaux solaires et pompe à chaleur absorbe naturellement le surplus : la PAC consomme en journée pour le chauffage, l'eau chaude ou la climatisation. Sur une installation récente près de Montpellier, ce couplage a permis d'atteindre un taux d'autoconsommation de 75 %.
4. Stocker dans une batterie physique
Avant la réforme, la batterie était une option discutable ; à 0,011 €/kWh, elle devient le choix par défaut d'un projet neuf, car chaque kWh stocké puis consommé le soir vaut 0,2001 € au lieu de 0,011 €. Comptez 3 500 à 5 500 € pour 5 kWh, 6 000 à 10 000 € pour 10 kWh, avec une TVA à 20 % même si l'installation est à 5,5 %. Notre calcul honnête de la rentabilité d'une batterie physique vous aide à trancher selon votre profil.
5. Passer par une batterie virtuelle
La batterie virtuelle est une alternative sans matériel : vos kWh excédentaires sont « crédités » chez un fournisseur qui vous les restitue la nuit ou l'hiver. Face à une revente à 0,011 €/kWh, l'écart de valorisation est devenu massif, mais lisez les conditions (frais mensuels, engagement, prix de restitution) : notre avis sur les batteries virtuelles compare les offres du marché.
Continuer d'injecter ou tout autoconsommer ?
Signer un contrat EDF OA reste pertinent dans la plupart des cas, mais par simplicité, pas pour le revenu : le contrat est gratuit, sans contrainte, et évite de céder vos kWh excédentaires sans contrepartie. N'en faites simplement plus un critère de décision.
L'alternative gagne du terrain depuis la réforme : renoncer à l'injection via une convention CACSI (convention d'autoconsommation sans injection), plus simple administrativement qu'un contrat de vente. Notre guide de l'autoconsommation sans revente compare les deux régimes.
Côté impôts, le sujet a pratiquement disparu avec la baisse : à 0,011 €/kWh, il faudrait injecter environ 27 700 kWh par an pour que des recettes deviennent imposables, hors de portée d'une installation résidentielle. Les règles complètes (exonération ≤ 3 kWc, micro-BIC, déclaration) sont dans notre guide de la fiscalité des revenus solaires.
Questions fréquentes
Pourquoi le tarif de rachat a-t-il autant baissé ?
Parce que le coût des installations a fortement chuté et que le guichet a été submergé : 6,5 GWc demandés en 2024, 3 à 5 fois la trajectoire prévue. L'État a recentré le soutien sur l'autoconsommation, la CRE estimant que 0,011 €/kWh correspond à la valeur économique réelle d'un surplus injecté à midi, parfois pendant des heures à prix négatifs.
Mon contrat signé à 0,04 ou 0,13 €/kWh est-il concerné par la baisse ?
Non. Un contrat EDF OA court 20 ans aux conditions fixées à la date de dépôt de la demande complète de raccordement, avec son indexation d'origine. Un producteur qui a signé à 0,13 €/kWh continue d'être payé plus de 10 fois le tarif actuel, jusqu'au terme de son contrat.
Le tarif de 0,011 €/kWh va-t-il encore baisser ?
Aucun texte ne programme de nouvelle baisse : l'arrêté du 1ᵉʳ juin 2026 a remplacé les révisions trimestrielles par un tarif fixe, revalorisé de 2 % par an une fois le contrat signé (environ 0,0163 €/kWh en année 20). À ce niveau, une variation dans un sens ou dans l'autre ne changerait de toute façon presque rien à l'équation économique d'un projet.
Les tarifs de rachat sont-ils les mêmes en outre-mer ?
Non. Les zones non interconnectées (Guadeloupe, Martinique, La Réunion, Guyane, Mayotte, Corse) relèvent de dispositifs spécifiques publiés par la CRE au titre de la péréquation tarifaire. Ils sont généralement plus favorables qu'en métropole, car ils tiennent compte des coûts de production locaux, nettement plus élevés.
Que faire du surplus si la revente ne rapporte plus rien ?
Le réduire à la source d'abord : décalage des usages, pilotage du chauffe-eau, dimensionnement au plus juste. Le stocker ensuite, dans une batterie physique ou virtuelle, pour le consommer le soir. Chaque kWh ainsi récupéré vaut 0,2001 €, contre 0,011 € s'il part sur le réseau.